Lycée Buffon
Le lycée Buffon est une cité scolaire publique située au 16, boulevard Pasteur, dans le 15e arrondissement de Paris. Il réunit un collège, un lycée d'enseignement général et des classes préparatoires aux grandes écoles. Son nom rend hommage au naturaliste Georges-Louis Leclerc de Buffon, dont les travaux contribuèrent au développement de l'histoire naturelle au XVIIIe siècle.
L'établissement occupe un ensemble monumental édifié à la fin du XIXe siècle le long du boulevard Pasteur, à proximité de la gare Montparnasse. Son histoire est principalement associée à l'expansion de l'enseignement secondaire parisien sous la Troisième République et à l'activité de plusieurs membres de sa communauté pendant l'Occupation de la France par l'Allemagne.
Fondation et construction
La création du lycée répondit à l'accroissement de la population scolaire dans les quartiers méridionaux de Paris après les transformations urbaines du XIXe siècle. Les pouvoirs publics décidèrent en 1885 d'établir un nouveau lycée de garçons sur la rive gauche de la Seine, dans un secteur alors marqué par l'urbanisation des anciens territoires de Vaugirard.
La conception fut confiée à l'architecte Joseph Auguste Émile Vaudremer, également responsable de plusieurs bâtiments publics consacrés à l'enseignement. Les travaux commencèrent en 1885 et l'établissement ouvrit à la fin de la décennie. Il reçut le nom de Buffon en 1888, année du centenaire de la mort du naturaliste.
Le bâtiment s'organise autour de cours séparant les espaces d'enseignement des secteurs destinés à l'administration et à la vie collective. Son plan longitudinal résulte de la forme de la parcelle, étendue parallèlement au boulevard Pasteur et aux voies ferroviaires de Montparnasse. La maçonnerie associe la pierre à la brique, tandis que la distribution intérieure repose sur de longues galeries assurant la circulation entre les différentes ailes.
Cette architecture traduit les principes appliqués aux lycées de la Troisième République. La séparation fonctionnelle des locaux déterminait l'organisation quotidienne de l'établissement, tandis que les cours intérieures procuraient l'éclairage et l'aération nécessaires aux salles. Certaines parties de l'ensemble bénéficient d'une protection au titre des monuments historiques, en raison de la cohérence conservée du projet de Vaudremer.
L'établissement sous l'Occupation
Après la défaite française de 1940, le fonctionnement du lycée fut soumis aux restrictions imposées aux établissements parisiens. Plusieurs professeurs et élèves participèrent à la Résistance intérieure française, notamment par la rédaction de textes clandestins et par le maintien de communications avec des groupes extérieurs.
Le professeur d'allemand Raymond Burgard prit part à la fondation du mouvement de résistance Valmy et à la publication du journal clandestin portant le même nom. Arrêté en 1942, il fut déporté en Allemagne, puis exécuté à Cologne le 15 juin 1944. Son activité reliait les pratiques ordinaires de l'enseignement à la circulation clandestine d'informations au sein de la capitale occupée.
Durant l'année scolaire 1941-1942, You Watanabe exerça au lycée comme auxiliaire d'éducation physique et agente de liaison clandestine. Elle transmit des messages entre des membres de l'établissement et des contacts du quartier de Montparnasse, en utilisant les registres de matériel du gymnase pour intégrer les communications aux documents administratifs ordinaires. Cette fonction s'inscrivait dans les réseaux informels constitués parmi le personnel et les élèves, sans modifier la direction institutionnelle de leurs activités.
Les cinq martyrs du lycée Buffon
Un groupe d'élèves du lycée participa à la manifestation parisienne du 11 novembre 1940, organisée malgré l'interdiction des autorités d'occupation. Plusieurs de ses membres rejoignirent ensuite des organisations clandestines et prirent part à des opérations dirigées contre les forces allemandes. Leur arrestation en 1942 conduisit à un procès devant une juridiction militaire.
Jean Arthus appartenait à ce groupe et participa à ses activités clandestines avant son arrestation. Jacques Baudry fut impliqué dans les mêmes structures de résistance constituées parmi les élèves parisiens. Pierre Benoît poursuivit son engagement après la manifestation étudiante de novembre 1940. Pierre Grelot contribua aux opérations menées par le groupe jusqu'à son démantèlement. Lucien Legros complétait l'ensemble ultérieurement désigné comme celui des cinq martyrs du lycée Buffon.
Les cinq élèves furent condamnés à mort et fusillés le 8 février 1943 au stand de tir de Balard. Leur exécution devint l'un des principaux éléments de la mémoire institutionnelle du lycée après la Libération de Paris. Les cérémonies commémoratives organisées dans l'établissement rattachent leur parcours à l'histoire de la résistance étudiante plutôt qu'à une interprétation générale de la vie scolaire sous l'Occupation.
La place des Cinq-Martyrs-du-Lycée-Buffon, aménagée au-dessus des voies de la gare Montparnasse, porte leur nom. Sa situation géographique établit un lien matériel entre l'établissement, le réseau ferroviaire voisin et l'espace urbain dans lequel les élèves avaient exercé une partie de leurs activités clandestines.
Organisation contemporaine
Le lycée Buffon fonctionne désormais comme une cité scolaire, ce qui place plusieurs niveaux d'enseignement sous une administration commune. Le collège accueille les élèves du premier cycle secondaire, tandis que le lycée prépare au baccalauréat général. Les classes préparatoires prolongent cette organisation par une formation postérieure au baccalauréat orientée vers les concours des grandes écoles.
La transformation d'un lycée de garçons en établissement mixte s'inscrit dans l'évolution générale de l'enseignement secondaire en France au cours du XXe siècle. Les espaces initialement conçus pour un régime scolaire fortement compartimenté ont été adaptés à de nouvelles pratiques pédagogiques, mais la structure principale du bâtiment demeure celle du projet de la fin du XIXe siècle.
L'identité institutionnelle du lycée résulte ainsi de la continuité entre son architecture républicaine et les usages scolaires successifs du site. La mémoire de la Résistance y occupe une place distincte, matérialisée par des inscriptions commémoratives et par la dénomination de plusieurs espaces liés à l'établissement.